Mon message concerne, en fait, ce que je pourrais appeler les relations sentimentales qui peuvent exister entre un pays comme le Burundi et la Suisse durant cette période où l’on parle abondamment de Genève et de notre Roi Mwambutsa. Ce n’est pas seulement parce que notre dernier monarque est mort et enterré à Meyrin dans la banlieue genevoise. Ni parce que son fils, Charles, de son nom dynastique Ntare (Le Lion) V, a lui aussi séjourné à Lausanne avant de s’établir à Munich, au lendemain de son renversement par le capitaine président, qui l’a fait assassiner. Ni encore parce que les amoureux des mots qui flashent ont vu dans le Burundi une sorte de « Suisse tropicale ».
Il
s’agit de mon point de vue d’une toute autre évidence,
sérieuse-là par les temps qui courent… Je veux parler des
processus de facilitation pour la paix dont plusieurs amis du Burundi
dont la Suisse se sont occupé et s’occupent encore à des degrés
divers, afin d’éviter un autre Rwanda dans les Grands Lacs après
1994.
Les acquis qu’il convient de rappeler
Ceux
qui ont oublié et ceux qui ne l’ont jamais su doivent savoir que :
- Plus de 75% de l’Accord d’Arusha, qui a mis fin à des années d’affrontements, redessinant un nouveau cadre institutionnel dans lequel se devine l’ingénierie helvétique qui consiste à faire en sorte qu’un groupe ethnique dominant ménage de la place digne aux minorités en consacrant cette volonté par des articles constitutionnels clairement affichés, relèvent de la plume d’un expert suisse, le Pr Hottinger.
- Dans les moments difficiles de 1996, lorsque la rébellion burundaise et l’armée gouvernementale juraient d’en découdre par les armes alors même que tout montrait que personne n’arriverait à soumettre l’autre, totalement et définitivement, c’est la Suisse qui a eu le courage de soutenir, sans se laisser intimider par les milieux négativistes va-t-en-guerre burundais de l’époque, une action réconciliatrice de la société civile qui eut des échos d’une telle importance que c’est à ce moment que les collaborateurs et autres proches liés au dossier de paix burundais ont trouvé l’inspiration finale qui a mené les « keys players » burundais à Arusha. Hottinger a co-présidé, avec un sud africain la plus importante Commission au sein des négociations, celle sur la gouvernance.
- Suite à ces contacts, la plupart des hommes phares burundais, qu’ils soient du parti présidentiel actuel, qu’ils soient des autres obédiences, voire ceux de la société civile sont venus se ressourcer les uns à Genève, les autres à Morat (Fribourg), les autres encore à Caux, qui a d’ailleurs fini par installer une antenne à Bujumbura.
- Le CIRID était encore une jeune organisation. Une très petite institution de la Genève internationale. Mais votre serviteur revendique l’orgueil d’avoir été au cœur de la plupart des tractations initiales, qui ont aidé en ce moment. (Lisez ici)
C’est
pourquoi j’ai le culot d’oser encore dire ceci. L’actualité
sur les funérailles des deux derniers burundais rois découvre un
peuple très pauvre, très « misérabilisé » civiquement
et spirituellement par la pauvreté économique et les ravages
collatéraux de la crise. Mais une action bien conduite profitant de
ce momentum peut créer de bonnes surprises…
JE DEMANDE DEUX CHOSES
On
sent de la méfiance, des doutes et un désarroi inattendu quand on
lit les commentaires publiés ces jours-ci, par exemple, de la part
de ceux qui craignent une instrumentalisation politicienne, qui ne
viendrait pas servir le but de réconciliation nationale
potentiellement évidente à travers cette donne.
Pour
moi, l’essentiel, c’est que l’on soit d’accord que cet
événement, s’il est bien managé, est porteur d’espoirs, là où
bien des intervenants ont échoué. Je demande donc deux choses :
- A mes compatriotes, d’être, pour une fois, ces jours-ci, unanimes… Et fiers de ce qu’ils peuvent réaliser et engranger, en puisant dans l’histoire et la tradition, dans le « Traité de Kiganda » par exemple, que nos jeunes connaissent à peine, mais qu’un tel événement peut faire revenir dans les mémoires brutalisées par les oublis délibérés des Historiens de l’ère négationniste.
- A ceux (pays et peuples amis) qui en ont les moyens de soutenir cette dynamique qui représente une des dernières chances où bien des pannes ont condamné l’engagement des médiateurs les plus avertis…
Ce
dossier n’est pas clos ici...
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