Je suis de ceux-là. En 1972, en effet, je
suis devenu un enseignant alors que ‘atteignais à peine la majorité. Puis, j’ai
un baptême de feu au lendemain du 28 novembre 1972. Ce qu’on appelle au Burundi
« Irementanya » (une histoire grotesque fabriquée de toutes pièces) m’est
arrivé. Un apparatchik du Parti Etat ne voulait pas que je continue à vivre et s’est
décidé à fabriquer une accusation, pour dire que j’avais le projet d’attenter à
la sécurité de l’Etat.
Cet apparatchik s’est montré à la tâche, je dirais,
en s’inspirant d’Hitler qui disait : « Plus un mensonge est gros,
plus on y croit ». Dire de moi à cette époque que j’étais capable de
renverser le gouvernement militaire du lieutenant général Micombero, c’était un
gros mensonge. Mais par les temps qui courraient, ce n’était même pas une
question de mensonge ; il suffisait qu’un milicien bien branché avec la
machine à tuer le veuille et c0’était joué. Dans mon cas, puisque l’affaire a fait jaser dans mon entourage, je n’ai eu la vie sauve que grâce à un exceptionnel concours de circonstances : ce sont notamment les élèves que j’enseignais qui ont brillamment alerté leurs parents. Or, un de ces parents étaient un administrateur communal, celui qu’on appelle Maire ailleurs. C‘est lui qui a démarché jusqu’à ce que l’affaire fût classé. Mais c’était minuit moins cinq.
J’ai eu à écrire que cet événement m’a fait grandir de 20 ans de plus que la réalité. En 1973, à seulement 19 ans, je sentais le poids d’un adulte de 39 ans.
Après
1972, j’avais vingt ans de plus que la réalité
Puis la vie a continué. Je me suis marié
en 1977. Je suis passé du métier d’enseignant à celui de journaliste, qui m’a
branché sur la haute politique du pays. La
vie a encore continué et j’ai dû faire l’expérience de la prison et de
la torture. Deux fois. Avant mes quatre exils le premier à Bruxelles e les 3
autres à Genève. J’ai même fait l’expérience d’une évasion rocambolesque de prison ; c’était le 22 août 1987. Avec des amis d’infortune, nous avions décidé de créer un mouvement politique et nous étions convenus de partir à l’extérieur pour tenter de fédérer tous les mécontentes de l’époque en vue de renverser ainsi la dictature de Bagaza. Je ne cache pas que Mobutu nous a aidé. Il était encore dans les bonnes grâces des Occidentaux, tout cela sous l’œil intéressé du Vatican, qui en avait assez de ce colonel anticlérical. Buyoya nous a ravi la vedette.
C’est une longue histoire, qui mérite d’être racontée ailleurs. Lisez le livre dans lequel j’en parle[i].
Entretemps, j’ai traversé pas mal d’autres
imprévus graves comme cet attentat de la fin janvier 1994 contre un hélicoptère
présidentiel qui me menait, en compagnie
du ministre Nyangoma, à Dar-es-salam pour intéresser la Tanzanie à l’urgence d’aider
militairement le Burundi du Président Ntaryamira.
Notre hélicoptère devait exploser en vol et c0'est seulement à moins de dix secondes après atterrissage forcé que nous avons échapper à l'explosion programmée par le personnel technique qui à l'aéroport de Bujumbura nous avait laissé monter sur un appareil piégé.
C’est aussi cet attentat
du 25 avril 2005 à Mutanga Nord (Bujumbura). Une bombe a éventré ma voiture à
mon domicile dans un l’objectif de tuer mon Projet de déminage.
Las de ne m’avoir
pas atteint, les commanditaires et/ou leurs complices ont organisé des
calomnies dans la presse, corrompu des magistrats et des fonctionnaires ou ont soudoyé des policiers pour des arrestations arrangées, auxquelles j’ai échappé de justesse. Je
me suis senti acculé en 2005-2006 à mon 3ème exil des 25 dernières années.
Dire donc que je suis encore là, que je suis même capable de pardonner et que j’atteins
l’âge clé de 60 ans (pardon 80 ans, car il faut encore compter les 20 ans dont
j’ai parlé). Quelle affaire ? Savez-vous quel cadeau je désire? si quelqu'un veut m'en faire un, ce serait très sympa s’il adhère, même si c’est à titre de simple observateur, au Groupe des 1000 amis avec lesquels je souhaite poursuivre mon œuvre : celle d’aider à consolider la paix en Afrique des Grands Lacs. Je compte aider à valoriser le rôle de Bujumbura en tant que Ville de paix, c’est-à-dire, La Genève internationale africaine du sud du Sahara. (Lire article ci-dessous)
[i] Déo
Hakizimana. Le temps Mandela au Burundi.
Ce que j’ai compris. Récit de plus de trente ans d’engagement. Editions
Remesha, Genève, janvier 2001. 464 pages. Ce livre vendu en Europe n’existe
plus dans les librairies. Mais à Bujumbura, dans certains services comme au
Centre culturel français, il y a un exemplaire en circulation, qui me semble
cependant être très demandé. Une réédition est envisagée.
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