Avant de partir et conduire urgemment ces blessés mortels, une personne s’est approchée de lui et lui demanda s’il pouvait lui parler pour une seconde.
Il s’est adressé à lui en ces termes : « Je crois que tu n’es pas d’ici monsieur. Ici au Burundi, il ne faut jamais faire l’erreur d’amener à l’hôpital quelqu’un que tu ne connais pas car on te force de payer pour lui. Même la police de protection civile ne le fait pas. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles les chauffeurs qui renversent les piétons ne s’arrêtent pas pour les amener à l’hôpital, ils préfèrent plutôt s’en fuir et laisser ces piétons mourir. »
Mes amis, c'est comme ça… »
J'ai connu la même histoire en 2005.
Je rentrais chez moi à Rohero II, avenue
Makamba, mais je devais déposer un collaborateur à Kamenge avant de revenir
chez moi. C'était vers 12:30, on rentrait pour le repas de la mi-journée. Puis, une fois engagée sur le « Boulevard d du 28 novembre », juste à la hauteur du campus universitaire, à côté du kiosque que fréquentent les étudiants, je vois un attroupement. C'est un enfant qui venait d'être renversé par une voiture à cause d'un accrochage avec un cycliste. L'enfant saignait abondamment et il y avait risque de mort. Mais personne ne s'en occupait.
Les gens qui passaient se contentaient de
voir. Cette scène m'a choqué. J'ai pris l'enfant. Je l'ai amené à l'Hôpital
militaire de Kamenge qui est le plus proche de cet endroit, pas loin de la
rivière Ntahangwa.
J'ai présenté l'enfant au Service des Urgences,
qui ont pris en charge l’enfant. Bien sûr j'ai payé. Mais par la suite, je devais
avoir l'identité de l'enfant et celle de ses parents. Je suis revenu au lieu sur
le de l'accident.
On m'a dit que la petite écolière de 5ème
année primaire avait un grand frère qui était allé téléphoner pour alerter les
parents. Il s'était rendu dans un kiosque à quelque 400 ou 500 mètres de là, en
plein quartier Mutanga Sud, le quartier résidentiel qui fait face au Campus
universitaire de Mutanga.
J’apprends en arrivant que le garçon a pu
téléphoné et qu’il avait même pu faire passer son message, mais il ne pouvait
pas payer les 300 francs qu'il devait au propriétaire du téléphone public
utilisé. On l'avait retenu comme un prisonnier insolvable. Une fois encore,
voyant ce qui se passait, j'ai vite payé les 300 francs, puis je l'ai embarqué
dans ma voiture jusqu'aux urgences hospitalières. L'enfant blessée commençait à aller mieux, car les saignements avaient tété traités. Puis j'ai pu, grâce à son frère, savoir qui est le père et qui est la mère. Ce n'était pas encore le moment où le téléphone portable était généralisé comme aujourd’hui.
Puisque je devais reprendre mon travail
sans manger, car il était déjà 14:00 passées, je suis retourné àmon travail
sans passer par la maison et sans regret d’ailleurs.
J'ai pris soin de laisser mes coordonnées
pour que les parents, si d'aventure passaient, aient mes coordonnées et puisque
me contacter si cela les intéressait. Je devais moi-même repasser à l’hôpital après
17:30 pour voir comment la santé de l'enfant avait évolué.
A l'hôpital, on m'a dit que les parents
étaient déjà au courant, et je me suis alors dirigé à mon domicile, satisfait
de savoir que l’enfant se portait mieux et que la communication avec les siens
était établi, et j’ai laissé, une fois encore, mon adresse du domicile.
Je me suis fait une nouvelle famille sœur de la mienne
Arrivé chez moi, j’étais évidemment fatigué. J'ai pris mon Amstel et pris le repas que je n'avais pas eu à midi. Le lendemain soir, pendant que je regardais la télé, juste avant les infos de 19:00, mon concierge vient me voir et m'informer que des gens cherchaient à me voir. Quand je suis sorti, j'ai vu un homme, son épouse, son fils et une écolière dont le visage était déformé par des pansements frais.
Tout en sourire, le papa, un quadragénaire
s'adresse immédiatement à moi en disant, Mushingantahe,
nous venons vous dire merci, car vous avez sauvé notre fille. Nous vous amenons
votre enfant.
Puis je les ai fait entrer. Ils avaient
amené un gros panier dans lequel il y avait une caisse de Heineken, puis à côté
un gros régime de banane et... un coq à croquer.
On a alors fait connaissance, on s'est
régalé ce soir-là; chacun a raconté sa petite histoire pour dire que les vraies
amitiés commençaient par de telles choses simples, données sans calcul...
Aujourd'hui, avec cette famille, je me sens comme auprès des miens. J'ai dit
chez moi aussi que nous avons une deuxième famille, qui fait désormais partie
de notre clan, c'est celle de la fille blessée que j'ai amenée à l'hôpital.
Maintenant, ils m'appellent Tonton. Edmond
Ndimugahinga, c'est l'identité du chef de cette famille.
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