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« Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire », a dit un sage.


vendredi 5 avril 2013

Union Européenne à Bujumbura : un ambassadeur volontariste, mais qui marche sur des oeufs


Je suis informé comme tout le monde que l'Union européenne comme l'ensemble de la communauté internationale veut aider le Burundi à régler les problèmes posés par les échéances politiques 2015. L'ambassadeur Stephane De Loecker, représentant de l'Union européenne a récemment appuyé son discours sur cette volonté, qu'il faut saluer.

Dans un but de bonne compréhension, il faut aussi lire, comme tout le monde les informations confidentielles qui circulent sur la toile, celles par exemple, qui sont parues sur le web site www.nyabusorongo.org le 25 juillet 2012.

Et pour cause : pour ce qui concerne l'ambassadeur De Loecker (belge de son Etat), mais représentant au Burundi une institution communautaire de la vieille Europe (notamment coloniale), ce site à qui l'on prête des tropismes pro-gouvernementaux et pro-CNDD-FDD, le parti présidentiel, a publié à cette date une news aux allures secrètes et sulfureuses, qui vont jusqu'à heurter la sphère privée.

L'auteur prête à ce diplomate des attitudes hostiles à la politique nationale de réconciliation, comparant en particulier ses choix à ceux de cette ancienne représentante de Human Rights Watch à Bujumbura, qui fut expulsée à cause de ses liens présumés avec des opposants politiques.

Ces pics ne sont pas nouveaux entre Bujumbura et certains membres de la communauté internationale. Ceux qui connaissent les dossiers doivent d'ailleurs savoir que rares sont les internationaux de premier plan à l'ONU surtout qui sont sortis par la grande porte après leur mission au Burundi. Même la très puissante Carlyn McAskie, qui fut la cheffe d'une mission onusienne de plus de 5000 hommes dans les années 2004-2005 n'a pas fait long feu comme on devait s'y attendre. Son successeur Mahmoud Youssef non plus, malgré les excellentes prestations que celui-ci a réalisées à la du "Projet Cadres de dialogue" dont je parle souvent ici. Deux autres représentants UN ont préféré partir en douce, avant l'arrivée de l'actuel Onanga.

Mais c'est surtout les lendemains électoraux de 2010 qui ont fâché. Cette fois-là, la communauté internationale (appelons-la comme cela) a laissé faire, préférant le profil bas habituel en diplomatie lorsqu'un Etat agite la "Raison d'Etat" pour expulser des diplomates, comme c'est fréquent dans le Rwanda voisin.  La présence de nos soldats en Somalie aura été d'ailleurs un déterminant sensible qui fut brandi pour faire taire les voix discordantes, en dépit du drame politique que nous avons traversé durant les deux dernières années.

Fin octobre dernier, lors de la table ronde des aides extérieures, se trouvant dans leurs petits souliers, les délégués des principaux partenaires du Burundi sont venus à Genève déclarer que ne pas aider le Burundi ce serait   une erreur, que tout le monde paierait cher.

Là, ils avaient vraiment raison. Mais c'est malheureusement long  et difficile à expliquer en peu de mots ici. D'une part, je ne suis pas sûr que les plus zélés de notre classe politique ont compris le message, qui a une profondeur de style géostratégique. d'autre part, il faut savoir que les analystes avisés des chancelleries qui nous observent n'ont que faire des turbulences ethno-corporatistes ou des court-circuitages qui agitent la plupart des cercles qui s'opposent au pouvoir de Nkurunziza. Tout tient compte du fait que Bujumbura est avec Kigali et Bukavu le triangle clé qui est à la fois la porte et le verrou d'une solution en RD Congo et qui explique pourquoi Laurent Nkunda, avant Bosco Ntaganda, tous deux considérés comme les bourreaux de première heure se trouvant dans le collimateur de la CPI se sont résignés à la capitulation. En attendant que leurs maîtres, ceux qui leur ont sous-traité la guerre se décident à se calmer à leur tour.

Bujumbura assise sur des lingots d'or à l'insu de ses élites

En effet, vous devriez savoir que la géopolitique régionale, qui est en vogue dans tous les thinks tanks militaires, savent la vérité têtue suivante : tant que le front sud de la guerre dans le Kivu congolais reste stable et impénétrable par les troupes envahissantes de nos guerres d'octobre, aucune force ne peut prétendre dicter sa loi aux Congolais, malgré la faiblesse de leur arsenal stratégique. C'est pourquoi Bujumbura devient une des pièces maîtresses de la dynamique régionale et les décideurs avisés le savent.

Est-ce un hasard que la nouvelle Envoyée spéciale de Ban Ki-Moon s'installera à Bujumbura, là où trône déjà le siège de la Conférence internationale des pays de la Région des Grands Lacs, issue des tractations diplomatiques les plus internationales, les plus longues aussi et les plus couteuses de l'après guerre froide en Afrique? *

Bref, si mes compatriotes pouvaient m'écouter aujourd'hui, je leur conseillerais d'apprendre à gérer ces lingots d'or sur lesquels le pays est assis, à leur insu. Ils devraient cesser leurs chicanes stériles et de se battre ensemble pour un enjeu plus visionnaire : Bujumbura peut consolider sa position géographique en devenant une capitale que je considère comme une sorte de "Genève africaine".

Au bord d'un lac Tanganyika pré-positionné comme un cordon ombilical au sein d'une région ethnographiquement imbriquée, cette ville est la seule, de par son histoire et ses progrès uniques dans la région à pouvoir proposer un plan de médiation pour les peuples de cet Afrique ex-Belge. Et tant que nous n'avons pas une élite qui a cette ambition les ratés vont toujours se répéter, jusqu'au jour où le brouillard qui empêche les uns comme les autres de voir les horizons se sera dissipé.

Il est dès lors peu de dire que l'ambassadeur De Loecker et son Union européenne, malgré leurs bonnes intentions potentielles, doivent savoir qu'ils marchent sur des oeufs, dans un contexte fumeux tant que cette méconnaissance des enjeux n'est pas gérée.

Le jour où on le voudra, le CIRID, qui modestement mais avec détermination s'estime armé pour aider à comprendre et à réconcilier les esprits sur ce point, offrira ses bons offices.  
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* Lire pour mieux comprendre : Déo Hakizimana. La géopolitique de l'Afrique des Grands Lacs à l'aube de l'an 2000. Genèse et suites probables. Mémoire de 3ème cycle, Paris, 1999. 340 pages. Nous proposons un cycle de stages, conférences et séminaires qui aident à comprendre cet aspect particulier de la géostratégie régionale. Infos : pfpc@cirid.ch, tél. +41 79 534 3711

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