Les nouvelles parvenues de Bujumbura ce week-end font état des premiers dégâts collatéraux commis sur le Burundi au lendemain de la prise de Goma. D’après une radio locale, deux Congolais d’origine burundaise ont été tués, selon les nouvelles diffusées samedi midi et des centaines d’autres ont déjà fui vers Cibitoke, la province nord du Burundi, frontalière avec celle de Bukavu, dans le Sud Kivu. Le conflit radicalise donc son impact au-delà de la RD Congo…
C’est ce que les donateurs du Burundi ont sous entendu à la récente table ronde sur le Burundi. Malgré une situation pas excellente en matière de droits de l’homme et de gouvernance, ils ont, en effet, décidé de promettre d’aider Bujumbura à réaliser son plan actuel de développement.
En effet, laisser le pays crouler sous l’extrême pauvreté, ce serait laisser le terrain fertile aux forces du chaos dont certaines ont déjà revendiqué, selon nos informations, qu’ils étaient une aile du M23 présente au Burundi et décidée à se servir des moments opportuns pour régler des comptes aux dirigeants actuels. Les événements de Rumonge et Katumba, qui rappellent les tracasseries dirigées contre l’opposition extra-parlementaire, empêchée de tenir ses meetings ont évidemment assombri ce compromis, qui était le fruit de tractations réalistes.
S’agissant du Congo, nous savons en outre que l’armée burundaise, dont certains ténors regardent avec des yeux gourmands par l’occupation du térritoire sud, pourrait invoquer le droit de poursuite pour alimenter le conflit. Ils argumenteraient en arguant que Kinshasa ne contrôle plus grand-chose dans cette sous-région et qu’il faudrait de toutes façons protéger sa frontière contre les nuisances du M23.
L’on sait également – c’est un secret de Polichinelle - qu’un activisme important s’organise depuis le Kivu par des mouvements armés burundais hostiles au gouvernenement, qui ne sait pas se presser pour parler à ses opposants.
C’est ce dilemme qui fait de la situation actuelle une poudrière en puissance.
CESSER UN JEU DANGEREUX ET INUTILE POUR VOIR MIEUX
En tant qu’organisation de dialogue, le Cirid estime que cet activisme comme toute autre tentative guerrière visant le Congo voisin par une force d’obédience burundaise est un calcul à la fois dangereux et inutile.Dangereux parce qu’il pourrait y avoir un tel chaos que les protagonistes concernés pourraient s’avérer incapables de gérer le désordre qu’ils auront provoqué. Inutile car Bujumbura – les ténors du pouvoir actuel surtout - gagnent plus à jouer un rôle de stabilisateur, de modérateur, de non aligné dont les dividendes sont plus payants.
Ceux-ci pourraient en effet déboucher sur la consolidation du statut de Bujumbura qui, dans la configuration géopolitique qui se met en place de manière tout à fait naturelle au bord du Lac Tanganyika – entre l’Afrique australe, l’Afrique de l’Est et l’Afrique équatoriale –,deviendrait une sorte de « Genève locale », autour de laquelle l’économie régionale peut rayonner. Un pays comme le Rwanda, malgré ce que certains aux arguments courts et obtus vont dire - pourrait y trouver un souffle certain.
Et à long terme, le Congo Kinshasa retrouverait ses capacités de projection, en tant que leader naturel, un statut que lui confèrent les forces de sa nature. Nous voulons dire que tous ceux qui rêvent des Etats Unis d’Afrique que leur projet ne peut aboutir si l’on aide pas le Cong à se tenir debout.
Notre campagne : « Laisser tranquille le Congo »
C’est pourquoi le Cirid, fort de son expérience et de son implantation à travers la Genève internationale et dans d’autres capitales africaines, lance aujourd’hui sa campagne « Laisser tranquille le Congo ». Nous dévoilerons la justification, le concept et le contenu de cette démarche – qui se veut multidisciplinaire - lors des activités du 7 décembre 2012.Lecture suggérée : note sur la " Crise au Nord Kivu : les enjeux se clarifient mieux". Mais les forces en présence restent insaisissables et les lendemains incertains. Une solution globale innovante pourrait passer par Bujumbura ». Proposition d’une voie de sortie de crise régionale au lendemain de la chute de Goma (Bujumbura, Genève, 25 novembre 2012).
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