Votre droit de savoir = notre devoir d’expliquer *
Avec ma
casquette « droits de l’hommiste »,
cumulée avec celle de journaliste devenu homme politique et diplomate avant de
fonder le CIRID en 1996, j’ai toujours cru (naïvement hélas !), qu’il
suffirait de l’avènement d’un régime démocratiquement élu et plus politiquement correct au Burundi pour que les langues
commencent à se délier, au moins au nom de la Vérité réconciliation, sur ce qui,
dans ce pays a été le génocide de 1972, un drame innommable dont je suis un des
rares survivants qui parlent encore.
Or, en
2013, ce régime-là est arrivé depuis bientôt 20 ans. Il est issu de l’élection
d’un premier Chef d’Etat élu au suffrage universel. Le héros Ndadaye représentait,
de surcroit, cette majorité populaire héritée de la triste ethnogenèse de l’ère
coloniale. Je répète, il y a bientôt 20 ans que le Parti Etat est mort et que
la démocratie pluraliste s’est imposée.
Mon constat des deux dernières années
Pourtant, les personnalités phares que je continue de voir
défiler à Genève dans les hémicycles onusiens où l’on est sensé parler de
droits de l’homme viennent pratiquer la même langue de bois sur ce drame-là,
comme je l’ai vécu du temps de l’ancien Parti unique !
Durant ces deux dernières années, en particulier, j’ai été
surpris que Bujumbura tente encore, plus d’une fois, de repousser l’examen de
son rapport pour cacher des vérités, exactement comme je l’ai vécu sous Buyoya
I (1989-1993) et II (1996-2003). Le plus frappant, j’ai souvent vu (et je vois
aujourd’hui encore) des victimes comme moi, comme bien d’autres certains parmi
vous qui me lisez, et qui pensent qu’il est civilisé de continuer à jouer à ce
jeu de l’autruche de nos jours encore.
Le 17 juin 2011 par exemple, excédé par ce désordre moral
et civique, je me suis suicidé pour la deuxième fois.
En effet, après avoir rédigé le manuscrit et coordonné le
mouvement de ce qui fut « La lettre ouverte » du 22 août 1988 (qui a
mis fin aux massacres de Ntega Marangara devant lesquels la 3ème
République de l’ex-Major Président détient la plus grande responsabilité, et
que j’ai chèrement payé par la prison, la torture et un exil de plus de 20
ans), j’ai foncé…
J’ai foncé en en faisant passer, par ma langue sans aucun
souci de mâcher mes mots, la dérangeante déclaration (Cliquer ici : http://www.youtube.com/watch?v=zkTghLRuWC0)
que youtube a reprise et que plus de
9380 internautes ont déjà visionnée au jour d’aujourd’hui.
Comme n’importe quel témoin contrarié, j’ai été surpris
par le silence que les hautes sphères de l’Etat ont préféré garder sur cette
(pourtant) belle témérité de votre serviteur.
Depuis, avec le recul, j’ai ramassé une quantité
impressionnante de commentaires, de nos dits et de codes (que j’essaie de
décoder).
Ma certitude…
Pour finir, j’ai une certitude : une sorte de
gouvernement parallèle – parallèle à celui, officiel, que l’on sait - opère
dans l’ombre depuis la fin du Parti Etat. Il opère comme une nébuleuse aux
tentacules savamment représentés dans les hémicycles de la diplomatie classique,
y compris jusque dans les cercles qui se drapent de vertus d’une société civile
toujours pressée à donner des leçons, ici et ailleurs, quand la Vérité menace
de bondir.
Cette nébuleuse jouit ainsi d’une publicité et impunité
institutionnelles de haut standing, qui savent organiser un black out théâtral dans
les coulisses du pouvoir actuel, sans doute aussi jusqu’à Genève, New York,
Paris, Bruxelles, Addis… Pour ne citer que ces quelques lieux !
Ce gouvernement bis bénéficie, évidemment, du cynisme et
de l’hypocrisie en vogue dans nos hémicycles internationaux et quand nos jeunes
posent des questions, la plupart de parents ont choisi de démissionner en
arguant que le Burundi est devenue une immense prison. Une prison dans laquelle
se trouvent aussi, si vous savez bien analyser, nombreux parmi les Keys players qui vous impressionnent du
haut de leurs villas de Kiriri et autres Gasekebuye…
Les intellos préfèrent désormais le « low
profile »
Cette situation est un casse tête, je vous prie de
l’admettre. Agir sur elle en répondant aux violences verbales par d’autres
invectives, cela n’arrange plus rien. Parmi les innombrables sources
disponibles, lisez selon votre sensibilité les news en ligne que nous servent
chaque matin nos concitoyens lauréats de vos universités.
Vous verrez qu’il y a un vrai vers dans le fruit : le
Burundi devenant un pays d’une telle complexité, les plus avisés parmi nos
« intellos » ont choisi depuis quelques temps le « low
profile » devant les inextricables enjeux en présence. Ailleurs, la
médiocrité a véritablement pris le pouvoir.
D’où le malaise dans la communauté internationale,
elle-même coincée par ses lâchetés. D’où donc votre / notre devoir d’expliquer
l’inexplicable. Nos populations ont le droit de savoir les vérités cachées. Au
delà des invectives et des discours enflammés, qui réalisent le même effet
négatif que l’arrogance de nos intouchables, responsables de l’immense prison
dont j’ai parlé, ce sera probablement le service le plus utile que l’on
rendrait à ce pays en ce moment.
Et s’il fallait commencer et si j’avais droit à la parole,
la date du jeudi, 24 janvier, de 09 :00 à 12 :30, lorsque la session
UPR du Conseil des droits de l’homme s’occupera du pays à Genève, pourrait
devenir un rendez-vous idéal.
Hélas !
Le mot magique nous vient d’Einstein et des Chinois
Mais je vous rappelle quand même : « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui
font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire » (Albert
Einstein). Au lieu de maudire l’obscurité,
mieux vaut allumer une chandelle. Le
plus long voyage commence par le premier pas (Proverbes chinois).
Alors, commencez maintenant.
*Ce témoignage, enrichi de quelques lignes a été publié,
en avant première, ce lundi, 21 janvier sur www.cirid.ch
dans la nouvelle livraison d’African
caucus, téléchargeable ici : http://media.wix.com/ugd//d6c21e_c0d2ab43f0c3d0f5380144ade0cf6dd1.pdf
Un puissant temoignage, que tout jeune de mon age devrait lire et COMPRENDRE
RépondreSupprimerPlus vérité que ça, on ne peut pas trouver ... Plusieurs ont pareils témoignages poignants, mais comme vous le dites, choisissent de se mouer dans un mutisme coupable et ... assassin: assassin parce que le manque de vérité continue à tuer plus d'un, du moins à long terme, plus d'un risque de mourir, par influence de la nébuleuse que vous parler. C'est dommage. Et ça va toujours rester regrétable, parce que en effet "le premier qui voudra dire la vérité va être exécuté"! Faut-il se résigner de ce sort de notre pays? Non, il faut pour sûr prendre notre courage à deux mains et marcher vers le changement, tout en ayant à l'esprit que Dieu n'a pas créé ce monde pour que des gens "démoniaques" puissent le dominer indéfiniment. Merci de cette refléxion cher Président fondateur du CIRID.
RépondreSupprimerMerci pour ce nouveau témoignage, Monsieur le Président fondateur du CIRID. Il faut une action coordonnée de tous les burundais de la diaspora burundaise n'appartenant à aucune des deux ethnies dominantes et qui pourront après un stage spécial juger les principaux criminels avec impartialité optimale. Car on ne peut pas être à la fois juge et partie.
RépondreSupprimerDonc toi Burundais ...uri umuphu ni ukuri ? None niba utihaye agaciro , ngo uhe abawe agaciro, ngo uhe ururimi rwawe agaciro ... niba urimo utega amkiriro kubavutse nkawe , koko uri ikigoryi kabisa ,,,,,,,,,,,,, kiretse niba ubwenge buhindurwa ibara n'urukoba wr'umuntu, uburebure, izuru canke ururimi n'ubunini b'igihugu avamo ................... naho ubundi nta bijuju vya mbere kw'isi nkabarundi.
RépondreSupprimer